Bootsy Collins et la Space Bass : comment une étoile a révolutionné le funk

Fiona Mckerrell

Fiona Mckerrell

Publié le 7 avril 2026 7/4/269 min.
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Ce qu’il faut retenir

  • Bootsy Collins a forgé son style auprès de James Brown avant de devenir le pilier basse de Parliament-Funkadelic.
  • La Space Bass, construite en 1975 par le luthier Larry Pless, est une basse en forme d’étoile devenue icône du funk.
  • Son son signature repose sur des pédales d’effets comme le Mu-Tron III (envelope filter) et le Big Muff.
  • L’héritage de Bootsy se retrouve dans le hip-hop, la pop et le funk moderne, avec des décennies de samples et de collaborations.

Chez Woodbrass, on a perdu le compte du nombre de bassistes venus chercher « le son de Bootsy », ce groove élastique, gras, truffé d’effets, qui donne l’impression que la basse électrique parle une langue extraterrestre. Parlons du bonhomme, de son parcours dingue et surtout de sa Space Bass, cet instrument en forme d’étoile qui a redéfini ce que pouvait être une basse sur scène. Du backing band de James Brown au vaisseau-mère de Parliament-Funkadelic, retour sur un voyage intergalactique.

De Cincinnati à James Brown : la naissance d’un groove

William Earl Collins naît le 26 octobre 1951 à Cincinnati, Ohio, berceau des studios King Records où défilent les légendes du R&B. Le jeune Bootsy grandit en observant son frère aîné Phelps « Catfish » Collins gratter la guitare. Comme la place de guitariste est prise, il récupère une guitare, demande à Catfish de lui acheter quatre cordes de basse, les monte dessus et voilà — le bassiste est né.

En 1968, Bootsy fonde les Pacesetters avec Catfish et Frankie « Kash » Waddy. Le destin frappe en mars 1970 : les musiciens de James Brown claquent la porte, et les Pacesetters sont recrutés comme backing band — les J.B.’s. Bootsy n’a que 18 ans, mais il pose la basse sur Get Up (I Feel Like Being a) Sex Machine, Super Bad, Soul Power. C’est Brown qui lui enseigne un concept fondamental : jouer « on the one », accentuer le premier temps de chaque mesure. Cette approche deviendra la colonne vertébrale du funk.

🤔 Bon à savoir

Le concept du « one » enseigné par James Brown consiste à accentuer le premier temps de chaque mesure. Ce principe a défini le son de Parliament-Funkadelic et, par extension, celui de tout le funk moderne. Les producteurs de hip-hop ont massivement samplé ces grooves construits autour du « one ».

L’aventure avec Brown ne dure qu’un an environ, mais l’impact est colossal. De retour à Cincinnati, Bootsy reforme un groupe local. C’est là qu’une certaine Mallia Franklin lui présente George Clinton. La rencontre se fait dans la pénombre d’une maison éclairée uniquement par une lumière noire, Clinton drapé dans un drap blanc. L’alchimie est immédiate.

Parliament-Funkadelic : le funk sans limites

En 1972, Bootsy et Catfish rejoignent Funkadelic, puis Parliament. Autant James Brown imposait une discipline militaire, autant George Clinton prône la liberté totale. Bootsy peut expérimenter, composer, délirer. Il joue sur des albums devenus des classiques absolus : Mothership Connection, The Clones of Dr. Funkenstein, One Nation Under a Groove. Le « one » appris chez Brown fusionne avec le chaos créatif de Clinton pour accoucher d’un funk cosmique, lourd, groovy et complètement barré.

C’est aussi à cette période que Bootsy commence à passer sa basse à travers un arsenal de pédales d’effets : envelope filters, autowah, chorus, Big Muff, delay. Tu connais ce son de basse qui semble « parler » ? C’est Bootsy avec son Mu-Tron III, une pédale d’envelope filter devenue indissociable de son identité sonore.

En 1976, il lance Bootsy’s Rubber Band, un projet parallèle au sein de la galaxie P-Funk. Le groupe sort quatre albums, dont le succès culmine avec le titre Bootzilla, numéro un R&B en 1978. Bootsy développe un personnage scénique délirant : lunettes en étoile, costumes à paillettes, bottes à plateforme. Il ne manque plus qu’un instrument à la hauteur du spectacle.

La Space Bass : un dessin sur une serviette devenu légende

L’histoire commence en 1975. Bootsy a un rêve : une basse en forme d’étoile. Il griffonne un croquis et fait le tour des luthiers de New York. Partout, même réponse : refus. On lui dit que son design est trop bizarre, voire « maléfique ».

Découragé mais pas vaincu, Bootsy se retrouve à Warren, Michigan, dans un magasin appelé Gus Zoppi Music — un endroit qui vendait principalement des accordéons. Un vendeur lui indique qu’un jeune gars dans l’arrière-boutique fabrique des guitares. Ce jeune gars, c’est Larry Pless, 20 ans, luthier autodidacte qui bosse en parallèle chez General Motors. Quand Bootsy lui montre son croquis, Pless sourit et accepte immédiatement le projet.

La Space Bass est livrée juste à temps pour la pochette de l’album Stretchin’ Out in Bootsy’s Rubber Band en 1976. L’instrument est massif, en bois plein, et pèse une tonne. Mais Bootsy s’en moque. Le prix de fabrication ? Environ 900 dollars de l’époque, soit l’équivalent de 4 400 dollars actuels. L’instrument est rapidement volé à Chicago, mais une basse en forme d’étoile ne passe pas inaperçu — elle sera retrouvée dans un prêteur sur gages dans l’Ohio. Entre-temps, Pless en construit une deuxième, mais Bootsy préfère le son de l’originale.

🧠 Pro Tips

La première Space Bass avait un corps en acajou, un manche en érable et un profil de manche inspiré de la Fender Precision Bass. Elle possédait aussi une double sortie pour plus de flexibilité tonale. C’est ce mélange de bois chaleureux et de lutherie Fender classique qui lui donne son assise grave caractéristique. Pour retrouver cette chaleur, une bonne Fender reste un choix solide.

Le son Bootsy : plus qu’une basse, un arsenal

Réduire le son de Bootsy à la seule Space Bass serait une erreur. Son setup est un véritable laboratoire sonore :

  • Mu-Tron III : l’envelope filter qui donne ce son de basse « parlante », réactif au toucher et à la dynamique du jeu.
  • Electro-Harmonix Big Muff : la fuzz épaisse et agressive utilisée sur les enregistrements de Parliament-Funkadelic.
  • MXR Digital Delay et Eventide Harmonizer : pour les textures spatiales et les doublages.
  • Préamplis Alembic à lampes : pour un son chaud et propre en amont de l’amplification.

Bootsy comparait son approche du son à de la peinture : essayer des couleurs, changer de palette, trouver la teinte parfaite pour chaque groove. Aujourd’hui, tu peux retrouver une partie de cette magie avec des pédales d’effets pour basse comme l’Electro-Harmonix Bass Mono Synth, qui propose des sons de synthé monophoniques directement depuis ta basse.

💡 Astuce

Pour approcher le son funk de Bootsy, commence par une pédale d’envelope filter branchée après un compresseur. L’envelope filter réagit à la dynamique de ton attaque : plus tu frappes la corde fort, plus le filtre s’ouvre. Combine ça avec des cordes de basse en acier pour plus de brillance et tu auras déjà une base solide.

L’héritage : du funk au hip-hop à la pop

L’influence de Bootsy Collins dépasse le cercle des bassistes. Ses lignes avec James Brown et Parliament-Funkadelic ont été samplées des centaines de fois dans le hip-hop : Dr. Dre, Snoop Dogg, De La Soul, Public Enemy — tous ont puisé dans ce réservoir. Dans les années 90, Bootsy collabore avec Deee-Lite sur Groove Is in the Heart, puis avec Fatboy Slim. Plus récemment, il est apparu comme narrateur sur An Evening with Silk Sonic (2021) aux côtés de Bruno Mars et Anderson .Paak. À plus de 70 ans, le bonhomme prouve que le funk n’a pas de date de péremption.

Côté instrument, Washburn et Warwick ont produit des versions signature de la Space Bass. La version Warwick, avec son corps en acajou et ses micros actifs MEC, offre une palette sonore moderne tout en conservant cette silhouette d’étoile reconnaissable entre mille.

🎸 Le conseil Woodbrass

Tu veux te lancer dans le funk à la basse ? Bosse ton jeu main droite : alternance doigts, slap, ghost notes. Le funk, c’est avant tout une question de dynamique et de placement rythmique. Côté matos, une bonne basse 4 cordes avec des micros Jazz ou P/J fera l’affaire. Ajoute un multi-effets basse pour explorer l’envelope filter et le synth.

Une étoile qui ne s’éteint pas

Bootsy Collins, c’est la preuve qu’un bassiste peut être le moteur rythmique et la star du show. De ses débuts bricolés à Cincinnati aux scènes cosmiques de P-Funk, en passant par cette Space Bass que personne ne voulait construire, son parcours est une leçon d’audace. Le funk qu’il a façonné continue de nourrir la musique d’aujourd’hui. Et si tu tends l’oreille quand une ligne de basse groove un peu trop bien, elle doit sûrement quelque chose au bonhomme aux lunettes en étoile.

Sources

Écrit par

Fiona Mckerrell

Fiona Mckerrell

Rédactrice@Woodbrass, bassiste